Derrière l’un des plus grands scandales de l’histoire de l’art, derrière la silhouette altière et la peau diaphane du « Portrait de Madame X » de John Singer Sargent, se cache une femme : Virginie Amélie Avegno Gautreau. Bien plus qu’une simple modèle, elle fut une icône de la Belle Époque, une créature de sa propre invention, qui fit de son apparence une œuvre d’art et de sa vie une performance. Son histoire est celle d’une ambition féroce, d’une beauté hors-norme et d’une chute brutale, orchestrée par le tableau qui devait la rendre immortelle.
De la Louisiane aux Salons Parisiens
Virginie naît à La Nouvelle-Orléans en 1859, au sein d’une famille créole de planteurs. La Guerre de Sécession emporte son père et pousse sa mère, femme ambitieuse et déterminée, à chercher fortune en Europe. C’est ainsi que la jeune Virginie et sa sœur débarquent à Paris, prêtes à conquérir le Tout-Paris.
Dès son adolescence, sa beauté frappe et détonne. Elle n’a rien de la grâce conventionnelle de l’époque. Grande, athlétique, elle possède un profil de camée grec, un cou de cygne et une chevelure d’un roux flamboyant qu’elle teindra bientôt en noir de jais. Mais ce qui fascine par-dessus tout, c’est son teint. Elle cultive une blancheur spectaculaire, qu’elle accentue avec une poudre de riz à la lavande, lui donnant des reflets presque mauves. Un contemporain la décrit comme une « licorne », une créature « surnaturelle ».
