Sandro Botticelli (vers 1445-1510) incarne, peut-être plus que tout autre, le « style » de la Florence de Laurent de Médicis. Son nom évoque instantanément la grâce linéaire, la mélancolie païenne et une beauté idéalisée. Pourtant, derrière l’artiste de La Naissance de Vénus se cachait un entrepreneur efficace et le chef d’un des ateliers les plus productifs et influents de la fin du Quattrocento.
L’immense succès de Botticelli ne reposait pas uniquement sur son génie de l’invention, mais aussi sur une maîtrise technique spécifique – la primauté du dessin – et sur une organisation de bottega (atelier) capable de diffuser son style pour répondre à une demande privée et publique exponentielle.

Le triomphe du Disegno
La signature artistique de Botticelli est la ligne. À une époque où Léonard de Vinci (son quasi-contemporain) commençait à dissoudre les contours dans l’atmosphère (sfumato), Botticelli les exaltait.
Le Maître de la Tempera
Jusqu’à la fin de sa carrière, Botticelli est resté fidèle à la tempera (détrempe à l’œuf), une technique que beaucoup de ses pairs commençaient à délaisser au profit de la peinture à l’huile, venue des Flandres.
Ce choix n’est pas anodin. La tempera, qui sèche très rapidement, impose une exécution méticuleuse et ne permet que peu de repentirs. Elle favorise la clarté, la préciosité du détail et l’éclat lumineux des couleurs pures. Cette technique convient parfaitement au style de Botticelli, qui construit ses formes non pas par la masse ou le clair-obscur, mais par la précision du contour.
Ses personnages semblent moins sculptés par l’ombre que dessinés sur le panneau. Les mèches de cheveux de Vénus, les plis des robes des Grâces dans Le Printemps , ou le voile transparent de la Madone du Magnificat sont des prouesses de dessin pur exécutées au pinceau.

Le Disegno comme fondement
Pour Botticelli, tout part du dessin (disegno). Il est l’un des plus grands dessinateurs de son temps, comme en témoignent ses illustrations pour La Divine Comédie de Dante.
