Ren Hang, des signes de l’amour

Ren Hang plus qu'un photographe est un poete visuel qui compose en images des jeux de mots ou de signes. Il procède par collages, collisions et inversions.

Auteur: Thierry Grizard, publié le 19 mars 2019.

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Ren Hang, ceci n’est pas de la photographie

Ren Hang hormis le souffle de « subversion » de la jeunesse chinoise exprime aussi et surtout la nouvelle approche de la photographie, où celle-ci en tant que telle n’a aucune valeur intrinsèque, ou le rapport même au réfèrent et donc la valeur d’archive et d’indexation ne compte plus. L’appareil photo ne sert plus à produire des instantanés photographiques, mais à créer (non pas reproduire et produire) des images. Images dans le cas de Ren Hang qui sont un subtil mélange entre une idée graphique, un jeu de mot visuel autour du corps et de l’intime et une interaction érotisée avec ses modèles qui sont ou des proches ou des connaissances avec qui il entretenait fréquemment une relation amicale.

Enfin, le photographe chinois utilisait abondamment les réseaux sociaux pour diffuser ses images qui peuvent aisément s’assimiler à des événements en forme d’happening dont on donne le récit (story en vocabulaire Facebook et autres) sur les réseaux sociaux.

La photographie pour Ren Hang est donc un happening en forme de jeux de mots visuels.

Iconicité et indice

La photographie puisqu’elle n’invente pas mais reproduit est toujours indicielle en ce sens où par exemple Ren Hang photographie bien des corps réels. Il inflige cependant à ceux-ci une idée, la photographie devient dès lors iconique dans la mesure où elle ne prend pas en photo des individus mais des idées se réalisant dans des personnes soumises à un projet qu’elles écrivent par le truchement de leur corps. Le réfèrent : les modèles photographiés, se réduit ainsi à des signes dans le flux des images culturelles et sociologiques.

Ren Hang dans la séance de pose n’abordait pas toutefois ses modèles comme de simples matériaux à manipuler, il y avait, selon son propre aveu, une relation de plaisir, c’est aussi la part indicielle persistante de son travail. Ce qui lui octroie en bonne partie son originalité. Or l’indice vers lequel pointe la photographie de Ren Hang, n’est rien d’autre que le désir et le jeu, un évènement qui demeure insaisissable, qu’aucun procédé mécanique de reproduction peut objectivement fixer, seuls la sincérité et le talent de l’œil du photographe peuvent faire naître ce genre de singularité.

Une originalité qui s’inscrit néanmoins dans une culture et un héritage sociologique qui « lègue » ou leste le travail de l’artiste. C’est pourquoi les reproductions mécaniques de corps réifiés et assemblés ne sont pas des photographies mais des images (iconiques) au moyen des outils de la photographie. C’est de la photographie qui n’en est plus. La symbolique est d’ailleurs souvent assez directe, Ren Hang pratique des collages sémiotiques et visuels procédant par collision, inversion, glissements et contamination.

Pour Ren Hang la photographie est un moyen contingent en aucun cas un medium dans le milieu duquel l’objet de nature photographique pourrait seulement être produit. Ren Hang ne produit pas des photos il génère des images. La vérité ou l’objectivité n’existe pas ici. Il n’y a pas une copie et un original, mais des idées formelles accidentellement reproduites photographiquement, cela aurait pu être du théâtre photographié, de la danse, de la sculpture, un événement écrit ou improvisé. Le réfèrent ce ne sont pas les corps objectifs, mais l’avènement d’une idée dans une scénographie

© Ren Hang.

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