L’autobiographie comme matériau
Contrairement à nombre d’artistes qui maintiennent une séparation stricte entre vie privée et pratique artistique, Beecroft a fait de sa biographie le cœur de son œuvre. Ses troubles alimentaires (elle a souffert d’anorexie), sa relation complexe au corps féminin, ses fantasmes esthétiques – tout est là, exposé, transformé en dispositif. VB01, sa première performance (1993), mettait en scène trente femmes aux mensurations similaires aux siennes. C’était déjà du narcissisme appliqué, une tentative de se voir multipliée, objectivée, mise à distance.
Mais dire « autobiographie » serait trompeur. Ce que Beecroft fait, ce n’est pas du confessionnel à la Sophie Calle ou Tracey Emin. C’est plus détourné, plus spéculaire. Elle ne raconte pas sa vie, elle la met en scène via des corps-substituts. Les performeuses sont des avatars, des versions idéalisées et interchangeables d’elle-même. C’est de l’autobiographie par procuration, du vécu externalisé et standardisé.
