Jan Groover les formes et sensations du réel

Jan Groover est une photographe américaine singulière un peu oubliée, elle a pourtant eu un impact puissant sur nombre de photographes contemporains.

Auteur: Thierry Grizard, publié le 22 septembre 2019.

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Jan Groover un « nouveau réalisme » photographique

« Jan Groover voulait que toute la surface de la photo ait le même magnétisme et la même importance. » — Bruce Boice.

Jan Groover est une artiste plasticienne mais surtout une photographe singulière un peu oubliée de nos jours, elle a pourtant eu un impact puissant sur un grand nombre de photographes contemporains américains dont Gregory Crewdson* ou Philip Lorca DiCorcia qui ont été ses étudiants. L’oeuvre de Jan Groover est largement dominée par le formalisme et une forme d’abstraction photographiquequi n’excluent pas des aspects néo-classiques et narratifs proprement postmodernes.

© Jan Groover.

Des clichés de rue conceptuels

Avant de se consacrer exclusivement à la photographie Jan Groover fut peintre, notamment dans le registre de l’abstraction. A partir des années 1960 — en 1967 selon l’hagiographie — l’artiste américaine abandonne définitivement la peinture et se lance pleinement dans la photographie. Elle veut tout réinventer.

Dans la mouvance conceptuelle et nominaliste de l’époque elle entreprend des diptyques et triptyques photographiques inspirés pour partie de Muybridge qu’elle collectionne, dans la perspective non pas d’analyser scientifiquement le mouvement mais bien plutôt pour se livrer à une critique et analyse sémiotique de l’image et du mimétisme figural.

Une problématique alors très à la mode que Joseph Kosuth a porté, en 1965, à son comble avec l’installation « One and Three Chairs » où il confronte la chaise physique (la part indicielle), la reproduction photographique de celle-ci et sa définition.

© Jan Groover.

Autre influence évidente des premiers travaux de Jan Groover : les tenants de l’Ecole de Düsseldorf et bien entendu le fameux couple de photographes allemands Bernd et Hilla Becher qui entreprenaient d’archiver suivant un protocole rigoureux impliquant la frontalité, la centralité, et neutralité chromatique le patrimoine industriel architectural européen et nord-américain. Ce tribut aux grands photographes de Düsseldorf met en exergue un aspect particulièrement postmoderne du travail de Jan Groover. En effet, on peut lire une bonne partie de son corpus comme une réappropriation de la Nouvelle Objectivité (voir nos articles), un détournement du style de cette Ecole au profit d’une approche oscillant entre le Nouveau Réalisme qui utilise les rebuts de la société consumériste et les détournements de la « Picture Generation » qui ironise et hybride les signes. D’ailleurs, Jan Groover parlait à propos de ses photographies urbaines de « sémantique de l’autoroute ».

En outre, au début des années 1960, la photographie couleur commence à s’imposer progressivement dans le champ de l’art. William Eggleston expérimentait dans ces années la pellicule couleur et la technique d’impression du « dye-transfer » qui offre une palette de couleur saturée. L’usage tachiste, voire informel de la couleur chez la plasticienne trouve une part de son inspiration dans cette nouvelle approche Egglestonnienne de la photographie, lui-même tributaire de l’expressionnisme abstrait et plus tard du Pop Art.

© Jan Groover.

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