Eva Jospin « sculptrice » sur carton ?
Eva Jospin découpe le carton comme d’autres taillent la pierre. De cette matière industrielle émergent des forêts opaques, des grottes baroques, des architectures fantômes. Son travail dialogue avec Versailles, le Louvre, Dior. Il convoque la broderie, les contes, la psychanalyse. Entre fragilité du support et monumentalité de l’ambition, ces sculptures interrogent notre rapport au végétal, au temps, aux hiérarchies de l’art.
Eva Jospin et le carton, du rebut à l’institution
Le carton brun appartient à l’univers du transitoire. Il emballe, protège, disparaît. Eva Jospin en fait le matériau d’œuvres qui occupent des musées et des palais. Cette transmutation n’est pas un simple geste de recyclage, mais une réflexion sur les hiérarchies de valeur dans l’art contemporain.
La fragilité du carton dialogue avec l’ambition monumentale des pièces. Certaines installations mesurent plusieurs mètres, s’imposent comme des architectures. Le matériau devrait s’effondrer sous son propre poids, se dégrader au contact de l’humidité. Au lieu de cela, il tient, structuré par une technique minutieuse. Jospin découpe au scalpel des milliers de couches qu’elle superpose pour créer de la profondeur. Le carton ondulé offre une texture uniforme qui tend vers l’abstraction. Pas de grain, pas de variation chromatique : une surface monochrome où seule la ligne compte.

Cette économie formelle rapproche le travail de Jospin d’une tradition qui oppose le dessin à la couleur, la structure à l’ornement. Le carton simplifie, réduit, épure. Il impose une rigueur proche du minimalisme, mais au service d’une imagerie luxuriante. C’est ce paradoxe qui fascine : une végétation foisonnante rendue par un matériau neutre et industriel.
Le choix du carton recyclé inscrit aussi l’œuvre dans une économie du déchet valorisé. Suzanne Jongmans utilise des emballages en polystyrène pour recréer des costumes de cour. Thomas Demand reconstruit en carton et papier des scènes médiatiques qu’il photographie avant de les détruire. Robert Rauschenberg intégrait des objets trouvés dans ses combines. À chaque fois, le rebut devient matériau noble, le déchet se charge de significations nouvelles.
