Notre-Dame de Paris, tradition et modernité !
La restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, ravagée par un incendie en avril 2019, a franchi une étape décisive avec la sélection de l’artiste Claire Tabouret pour la création de nouveaux vitraux dans six chapelles du bas-côté sud de la nef. Cette décision, officialisée le 18 décembre 2024, illustre la volonté d’insuffler une touche contemporaine à ce monument historique, tout en respectant son héritage séculaire.

L’incendie du 15 avril 2019 a détruit la toiture et la flèche de Notre-Dame, endommageant gravement la structure de l’édifice. Dès les premiers jours, une mobilisation nationale et internationale sans précédent a permis de réunir des fonds et des compétences pour entreprendre la restauration de la cathédrale.
Les premières phases ont consisté en la sécurisation du site, incluant le démontage de l’échafaudage endommagé, la protection des voûtes et la consolidation des murs. Parallèlement, un travail minutieux de diagnostic a été mené pour évaluer l’ampleur des dégâts et planifier les interventions nécessaires.
En 2021, les travaux de reconstruction ont débuté, avec pour objectif de restituer l’apparence de la cathédrale telle qu’elle était avant l’incendie, tout en intégrant des techniques modernes pour assurer sa pérennité. La réouverture au public est prévue pour décembre 2024, marquant ainsi une étape symbolique dans la renaissance de ce chef-d’œuvre gothique.
L’apport de Viollet-le-Duc à Notre-Dame, le patrimoine en mouvement

Eugène Viollet-le-Duc, architecte et restaurateur du XIXᵉ siècle, a joué un rôle déterminant dans la préservation et la transformation de Notre-Dame de Paris. Nommé en 1844 pour diriger la restauration de la cathédrale aux côtés de Jean-Baptiste Lassus, il a entrepris des travaux majeurs qui ont durablement marqué l’édifice.
A voir aussi
- Claire Tabouret
- Eva Jospin, les enchantements programmés de Grottesco
- Neo Rauch, un peintre aux lisières troubles du réel, de l’onirique et l’Histoire
- Apolonia Sokol, peindre l’intime et la tribu
- Marion Bataillard, le mental et le physique
Parmi ses interventions les plus notables figure la reconstruction de la flèche, inspirée de celle du XIIIᵉ siècle, mais réinterprétée avec une touche personnelle. Érigée entre 1859 et 1860, cette flèche culminait à 93 mètres et était ornée de statues des douze apôtres, symbolisant le lien entre le ciel et la terre.
Viollet-le-Duc a également restauré les sculptures, les portails et les gargouilles, redonnant à la cathédrale son éclat médiéval. Son approche, mêlant rigueur historique et créativité, a parfois suscité des débats, mais elle a indéniablement contribué à la sauvegarde et à la valorisation de Notre-Dame.

Restauration des six nouvelles verrières pour les chapelles du bas-côté sud
Dans le cadre de la restauration post-incendie, le projet de remplacement des vitraux des chapelles du bas-côté sud de la nef a été initié. Ces verrières, installées au XIXᵉ siècle sous la direction de Viollet-le-Duc, présentaient des motifs géométriques et des teintes sobres.
La décision de les remplacer par des créations contemporaines vise à insuffler une nouvelle dynamique artistique à l’intérieur de la cathédrale, tout en respectant son harmonie architecturale. Le thème retenu pour ces vitraux est celui de la Pentecôte, symbolisant la descente de l’Esprit Saint et l’universalité du message chrétien.
Le processus de sélection a débuté en mars 2024, avec un appel à candidatures lancé par le ministère de la Culture. Parmi les nombreux dossiers reçus, huit artistes ont été présélectionnés pour présenter une proposition détaillée. Après délibération, le comité artistique, présidé par Bernard Blistène, a exprimé sa préférence pour le groupement constitué par Claire Tabouret et l’atelier de maître-verrier Simon-Marq. 
Le 18 décembre 2024, l’Élysée et le diocèse de Paris ont conjointement annoncé la sélection de Claire Tabouret pour la réalisation des nouveaux vitraux. Le communiqué souligne que cette décision a reçu l’approbation du président de la République et de l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich.
Le communiqué précise : « Il leur a paru répondre pleinement à leur intention et se situer à la hauteur de ce que réclame la cathédrale, tant par la très grande qualité artistique de la proposition et son insertion architecturale […] que par le respect du programme figuratif choisi par le diocèse de Paris relatif à la Pentecôte. » 
Cette création couvrira une surface de 121 m², représentant environ 5 % des verrières de la cathédrale, qui en compte plus de 120, datant du XIIᵉ au XXᵉ siècle. Les études préalables s’étendront sur six mois, suivies d’environ un an et demi de réalisation, avec une installation prévue pour fin 2026.
Biographie de Claire Tabouret
Née en 1981 à Pertuis, dans le Vaucluse, Claire Tabouret est une artiste peintre française dont la renommée a rapidement dépassé les frontières hexagonales. Elle intègre l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, d’où elle sort diplômée en 2006.
Ses œuvres se caractérisent par une exploration profonde de l’identité, de l’enfance et des relations humaines. Les figures qu’elle peint, souvent en groupe, dégagent une présence énigmatique, oscillant entre vulnérabilité et force intérieure.
Installée pendant plusieurs années à Los Angeles, Claire Tabouret a vu son œuvre s’épanouir dans une scène artistique internationale marquée par l’ouverture et la diversité. Elle a participé à de nombreuses expositions, notamment à la Fondation Louis Vuitton à Paris, au Palazzo Grassi à Venise, et au Los Angeles County Museum of Art (LACMA). Ses œuvres, souvent figuratives, explorent des thèmes universels tels que l’intimité, la mémoire collective, et la relation au temps.
Claire Tabouret est particulièrement reconnue pour ses séries telles que Les Veilleurs, Les Baigneuses, ou encore Les Masques, où la lumière et les couleurs créent une tension entre familiarité et étrangeté. Son travail a également été salué pour sa manière de convoquer des émotions profondes, tout en laissant une grande place à l’interprétation du spectateur.
En 2022, elle revient en France et installe son atelier en région parisienne, renouant ainsi avec ses racines. Cet ancrage en France a sans doute contribué à son choix pour le projet emblématique de Notre-Dame, une commande qui marque un tournant majeur dans sa carrière.

Pour Claire Tabouret, l’art du vitrail représente une nouvelle aventure, mais s’inscrit dans la continuité de son travail sur la lumière et l’introspection. L’artiste a exprimé sa vision dans une interview donnée après l’annonce officielle :
« Je vois les vitraux comme des passages entre le visible et l’invisible, entre la matérialité du verre et la spiritualité de la lumière. Mon objectif est de créer des œuvres qui parlent à tous, croyants ou non, en évoquant des émotions universelles comme l’espérance, la communion, et la quête de sens. »
Inspirée par le thème de la Pentecôte, Claire Tabouret a choisi de représenter des figures humaines en mouvement, symbolisant la diversité des langues et des cultures unifiées par l’Esprit Saint. Ces personnages, souvent entourés de halos de lumière, rappellent ses séries précédentes où la lumière semble émaner de l’intérieur des corps.
L’artiste travaille sur une palette de couleurs vibrantes, mêlant des bleus profonds, des rouges ardents, et des dorés lumineux, qui capturent la dimension mystique de la Pentecôte. Ces choix chromatiques dialoguent avec les vitraux gothiques de la nef principale, tout en apportant une touche contemporaine.
Tabouret a également intégré des éléments abstraits dans ses maquettes, tels que des volutes et des éclats de lumière, évoquant à la fois le souffle divin et la dynamique du mouvement humain. Ces éléments permettront aux verrières de transformer constamment l’espace selon l’angle de la lumière, offrant ainsi une expérience renouvelée à chaque visite.
La collaboration avec l’atelier Simon-Marq
Pour réaliser ces vitraux, Claire Tabouret s’est associée à l’atelier Simon-Marq, basé à Reims. Fondé en 1640, cet atelier familial est l’un des plus anciens et des plus prestigieux de France. Renommé pour son savoir-faire exceptionnel, Simon-Marq a collaboré avec de nombreux artistes contemporains, dont Marc Chagall, Raoul Ubac, et Imi Knoebel.
L’atelier est spécialisé dans les techniques traditionnelles de découpe, de peinture et de sertissage au plomb, mais il excelle également dans l’innovation, en expérimentant de nouvelles textures et techniques de coloration. Cette alliance entre tradition et modernité correspond parfaitement à la vision de Claire Tabouret.
Le dialogue entre Claire Tabouret et les artisans de l’atelier Simon-Marq a été déterminant pour traduire ses maquettes en œuvres de verre. Ensemble, ils ont exploré des effets de transparence et de superposition pour donner aux vitraux une profondeur visuelle unique. Chaque panneau, mesurant environ 4 mètres de haut, a été conçu avec une attention méticuleuse aux détails.
« Collaborer avec Simon-Marq est une chance inestimable. Leur expertise permet de donner vie à des idées qui, autrement, resteraient abstraites. Le vitrail est un art d’équipe, et cette synergie est essentielle pour un projet aussi ambitieux. », a déclaré Claire Tabouret.
La livraison des vitraux conçus par Claire Tabouret est prévue pour fin 2026, conformément au calendrier fixé par le comité de restauration de Notre-Dame. Les premières études techniques devraient être finalisées d’ici à juin 2025, permettant de lancer la production en atelier dès l’automne de la même année.
