Antony Gormley une sculpture est un évènement

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Antony Gormley, STAND Philadelphia Museum

Une statue est un évènement

Avec Antony Gormley la sculpture n'est ni moderniste (réduite à la spécificité de son medium), ni narrative (historique, idéalisante, idéologique), pas davantage expressive, car ses sculptures ne sont pas des objets (pleins ou vides, expressifs, en mouvement ou statiques) mais des évènements et des singularités.

Au même titre que Richard Serra la production du sculpteur anglais ne se comprend, la plupart du temps, qu'in situ. Mais alors que le sculpteur américain pose ses pièces à l'image d'une effraction qui perturbe et interroge, Antony Gormley à l'instar d'Anish Kapoor (voir notre article) recherche un rapport d'interaction. L'artiste anglais demeure cependant un sculpteur, il n'est pas plasticien, ne relève pas non plus strictement du Land Art.

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© Antony Gormley. Philadelphia museum.

Les marqueurs neutres

Les sculptures "phénoménologiques" d'Antony Gormley sont des marqueurs neutres. Elles n'expriment pas, ni ne provoquent, elles constituent des points dans un espace social et physique aux dimensions multiples. Elles s'inscrivent de par leur durabilité et leur "ponctualité" dans la relation espace-temps de la physique moderne, mais aussi dans un champ intellectuel se rapprochant du bouddhisme.

Antony Gormley a alterné tout un ensemble de déclinaisons d’une lecture possible des champs de réalité, où le corps n’est pas un en soi mais une enveloppe transitoire, un état physique, le vecteur temporaire d’une conscience liée au corps sans que celui-ci lui appartienne en propre. Cela a donné lieu, entre autres, aux résilles qui sont comme des matrices constitutives de notre réalité physique (subatomique).

Il a aussi décomposé les figures gymniques du corps humains, des « statures » géométrisées en cubes ou en structures filaires, une manière presque narrative d’exprimer l’idée que sous la forme il y a des états d’énergie

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© Antony Gormley. Breathing Room, 2010. Courtesy White Cube.

Totems et figures

Antony Gormley n’est donc pas toujours aussi neutre et non narratif qu’il le prétend, parfois sa statuaire est sinon strictement un récit tout du moins une représentation. C’est le cas notamment avec les silhouettes pixellisées qui « illustrent » les effets de l’ère hyper urbaine et numérique. Une seconde réalité des humains vivant au sein d’un milieu totalement artificiel, des « agents » saturés d’informations et de « stimuli », noyés dans un univers symbolique, dématérialisé, surchargé de « faits » sociaux, politiques se résumant à des performatifs. Un milieu faisant office de métalangage, où les corps abstraits se brouillent en représentations plurales, fréquemment conflictuelles. Les totems fragmentés tels des pixels sont les « kouroi » (des avatars) du « dividu », l’humain post-moderne dépouillé de l’unité majestueuse du sujet pensant cartésien.

Les « Fields » sont une autre variante des point nodaux de l’espace et du temps où le sculpteur disperse sur des dizaine kilomètres des « corps abstraits», comme des points marquant la jonction des champs matériels et culturels composant ce que l’on « perçoit » (comprend) en tant que paysage. 

Antony Gormley a également décliné cette idée de champ à travers les représentations et la distribution de totems qui opposent à l’horizontalité de l’espace la verticalité et à la durée la résilience sinon la permanence. En effet, l’artiste anglais aime tout particulièrement exposer ses œuvres au temps qui passe. Or le temps n’est pas un flux abstrait, mais la somme des intempéries, du changement et l’usure qui est, en vérité, un état plus qu’une dégradation.

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© Antony Gormley. Horizon Field, 2010.

Stand au musée de Philadelphie

Dernièrement, au musée de Philadelphie Antony Gormley a distribué dix totems d’acier de plus de trois mètres de haut qui se tiennent face à la ville, devant deux péristyles néoclassiques. L’installation s’intitule précisément « Stand », chaque pièce est composée de cubes architecturaux en équilibre instable quoique que chaque statue soit d’allure imposante et d’une matérialité évidente. Elles semblent animées d’une certaine agitation qui évoque celle de visiteurs se contorsionnant pour mieux observer la ville. La distribution régulière, presque classique, est néanmoins démentie par les postures agitées, assez expressives suggérant aussi bien le passant curieux que le gardien. C’est en quelque sorte le contre-pied du « Titled Arc » de Richard Serra qui contraint, provoque et s’oppose, ici la ligne de totems dialogue avec l’histoire, la ville et accueille les passants entre ses rangs.

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© Antony Gormley. Courtesy Philadelphia museum.


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© Antony Gormley. Vessel, 2012.


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© Antony Gormley. Havmann, 1994.

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