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Les flous de l’hyperréalisme chez Gerhard Richter

Accueil » Article de fond » Les flous de l’hyperréalisme chez Gerhard Richter | Par Thierry Grizard, publié le 14 juin 2015, modifié le 21 octobre 2019

Gerhard Richter. Photo réalisme et hyperréalisme

Gerhard Richter dans ses « peintures photographiques » procède par dénégation du procédé qu’il emploie, à savoir la « manière » hyperréaliste.L'étrangeté de l'hyperréalisme de Richter est donc qu'il ne l'est pas.

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© Gerhard Richter. Wermeer de Delft.

Retranscription ou exploration du visible ?

Gerhard Richter ne retranscrit pas le réel, il l'explore. Ou plutôt il questionne l'image du visible. Ou encore il interroge dans une délectation virtuose le statut même de la représentation. Il part d’une photographie banale, il retranscrit son absence de qualité visuelle et dans le même temps surcharge l’imitation d’effets de glacis qui floutent l’image, de touches d’une finesse incroyables pour bien marquer le passage d’un médium à l’autre.

Il aboutit à réduire le contenu représenté à l’espace pictural lui même. La toile n’est plus une fenêtre sur le monde mais un cadre où s’abimer dans une méditation en boucle sur la représentation du réel.

Des "images" photo-réalistes sans piqué

Il offre aussi, assez malicieusement, le spectacle de sa virtuosité qui rentre en conflit direct avec la banalité du sujet. S’agit il d’une photographie sans qualité et granuleuse ou d’une peinture hyperréaliste s'éloignant dans les flous ?

Il y a aussi beaucoup d’humour et d’empathie dans ces œuvres apparemment assez austères. En effet, il s’agit assez souvent de scènes de la vie privé, vie de famille, photographies de vacances, de photographies nostalgiques du temps révolu. On y sent une empathie avec le sujet, une communauté de lien avec l’évènement représenté.

Les images de l'histoire

Mais dans le même temps il y a fréquemment une allusion explicite à l’histoire de l’art, en particulier de certaines grandes icônes de la culture, entre autres : la liseuse de Werneer, l’annonciation de Titien.

Évidemment les œuvres plus anciennes de Gerhard Richter sont plus graves, plus marquées par la relation de Gerhard Richter avec l’histoire allemande. C’est le cas pour les « portraits » d’Ulrike Meinhof, la seconde guerre mondiale et le nazisme. Cependant là encore on assiste à cette volonté de nier le motif en en faisant une matière picturale. La peinture l’emporte toujours sur le motif.

De l'ambiguïté

Donc oui Richter utilise ponctuellement les techniques de l’hyperréalisme, mais pour s’éloigner immédiatement du motif qui n'est au final qu'un prétexte pour insister sur l'ambiguïté de la représentation.


Voir aussi:


© Gerhard Richter.

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