Thomas Mailaender Ironie ou humour ?

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Data Mining grotesque et hasardeux

« …l’humour recèle toujours une douleur cachée, il comporte aussi une sympathie dont l’ironie est dépourvue, car elle cherche à se faire valoir… », —Kierkegaard, Post-scriptum.

Collectionneur de l’âge numérique

Thomas Mailaender est un plasticien doublé d’un collectionneur compulsif qui s’inscrit dans la longue tradition moderne et post-moderne du recyclage ironique ou documentaire du vernaculaire, ce qui n’est pas, d’ailleurs, l’apanage exclusif de la modernité, Molière, Shakespeare ou Georges de La Tour s’intéressaient également aux « sous-cultures » sous la forme du régionalisme et de la description des mœurs populaires.

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© Thomas Mailaender.

On trouve donc chez le plasticien français, qui travaille à partir des reliques insubstantielles des générations proches de nous, de nombreuses filiations : Marcel Duchamp qui pointe le caractère performatif de l’œuvre d’art en exposant un porte manteau ou un urinoir ;  Ed Ruscha qui à partir de clichés banals de l'environnement urbain publie des livres d’art décalés ; Warhol qui s’applique à la sérialité ; mais aussi Elaine Sturtevant qui plagie les icônes du marché de l’art; et, bien évidemment, Richard Prince qui se réapproprie les images d'épinal de la consommation de masse puis, plus récemment, celles de l’ère numérique.

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© Thomas Mailaender.

Archéologie du vernaculaire

Thomas Mailaender se démarque néanmoins par son goût du grotesque kitsch, rappelant tout de même les Gilbert et Georges et autres pop artistes « chromo ». Il prétend toutefois faire acte d’archéologue d’une « sous-culture » promise à l’oubli, notamment quand il s’agit des images glanées, par milliers, sur le net. Images sans qualité, telles que les affectionne Gerhard Richter, car dépourvues d’intention esthétique, et dans le cas des images numériques aux référents volatils, pour ne pas dire jetable. Le plasticien français documente donc ces images « de rien ». Il ne se contente pas cependant de les archiver, il les confronte entres elles ou leur procure un nouveau substrat sémiotique en les reportant par transfert sur des objets également insignifiants, il recourt aussi à des photomontages inspirés des pires blagues potaches du web ou il donne aux "selfies" un aspect vintage en usant de techniques photographiques anciennes comme le procédé cyanotype. Le trait commun aux ruptures de signifiant que Thomas Mailaender fait subir aux images consiste à créer un décalage dévoilant la viduité de ce flot d’images vernaculaires, tout en maintenant une forme de distance d’esthète sarcastique.

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© Thomas Mailaender.

Illustrated People

Dans la série « Illustrated People », 2015 — réalisée dans le cadre d’une carte blanche accordée par la fondation Archive of Moderne Conflict — Mailaender a sélectionné des négatifs tirés du fonds de cet établissement privé pour ensuite les « imprimer » par insolation sur le corps de modèles volontaires. Il en résulte une image positive épidermique qui ne dure que le temps nécessaire à la guérison du coup de soleil. Cette démarche synthétise le centre du propos de l’artiste : la volatilité des images anonymes mais aussi celle de leurs supports également sans identité et évoquant la multitude d’individus qui laissent sur la toile, via Instagram ou autres, une trace évanescente, futile et singulièrement vaniteuse.

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© Thomas Mailaender.

Le grotesque plus ou moins tragi-comique de l'impermanence de toute chose n’a jamais été aussi frappant que depuis que les images, et les « data » se sont multipliés sans retenue. C’est la mine que creuse — en compagnie des GAFA, belle ironie !  — Thomas Mailaender en exhumant, à la façon d’un Martin Parr du « digital », des pépites mémorielles absurdement caricaturales, car vidées de leur contenu réel. Il ne demeure que le jeu des codes et des attitudes que le photographe plasticien souligne, peut-être, avec humour.

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© Thomas Mailaender.


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© Thomas Mailaender.

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