Francesca Woodman ou de l’ingénuité ?

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Des fulgurances de la sincérité Francesca Woodman, A eu une vie et une carrière fulgurantes. Elle s’est donnée la mort à 22 ans. Son œuvre est également fulgurante, riche et très imaginative. Ce qui caractérise le plus immédiatement le travail de Francesca Woodman c’est probablement sa sincérité mais aussi une forme d’immédiateté. Les photographies de…

Des fulgurances de la sincérité

Francesca Woodman, A eu une vie et une carrière fulgurantes. Elle s’est donnée la mort à 22 ans. Son œuvre est également fulgurante, riche et très imaginative. Ce qui caractérise le plus immédiatement le travail de Francesca Woodman c’est probablement sa sincérité mais aussi une forme d’immédiateté.

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Les photographies de Francesca Woodman sont presque toujours des mises en scène, qui rappellent évidemment les grands photographes surréalistes.

Photographie conceptuelle ?

Ici pas d’instantanés ou de “recadrages” photographiques aux effets graphiques. Il n’y a pas non plus de tentative de capter le réel ou de le recomposer formellement à travers la visée. La prise de vue est brute, sans apprêt.

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La photographie dans la travail personnelle de Francesca Woodman n’existe pas pour elle même mais plutôt comme un moyen rapide de donner corps à des “idées”, des éléments narratifs, ou des concordances conceptuelles, voire littéraires.

La lumière n’est pas non plus travaillée outre mesure, la scène est éclairée par les sources existantes, souvent la simple lumière du jour. Il n’y a pas davantage d’effet dramatisant jouant sur les contrastes, ou le travail en laboratoire.

Le corps et identité.

Le sujet ce n’est ni la lumière, ni le cadre, mais le corps, celui de la femme en particulier, de son propre corps en l’occurrence, Francesca Woodman était dans plupart des prises de vue son propre modèle.  Par ailleurs, si Francesca Woodman utilise très souvent le bougé photographique, les flous ce n’est pas par souci esthétisant mais pour introduire le mouvement du corps ou plus précisément le corps en mouvement. Ce n’est probablement pas la seule raison. Le flou fait aussi disparaitre, il dissout, anéantit plus ou moins partiellement l’objet en mouvement. Ces flous sont aussi des dissimulations, ils permettent d’oblitérer. D’ailleurs Francesca Woodman masque souvent son visage, elle montre son corps mais refuse de trop singulariser celui-ci par un regard, un visage.  C’est l’autre dimension récurrente du travail de la photographe. Ce corps de femme, son corps, est saisi par l’appareil, (ce troisième œil indifférent), avec pour but principal l’examen de ce qu’est l’identité physique, la corporeité et là singulièrement celle d’une femme.  

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Le dépouillement.

La nudité n’est donc ni sensuelle, ni esthétisante elle se justifie exclusivement par le besoin de se dépouiller et de parvenir à quelque chose d’honnête sans sombrer dans la naïveté de l’authentique d’autant plus quand il s’agit du médium photographique et de mises en scène.

C’est bien cela la sincérité intelligente du travail de Francesca Woodman. Son œuvre est très élaborée, il s’agit bien d’une mise en scène, mais une mise en scène rapide, sans affectation, allant droit au but, à savoir le questionnement souvent humoristique et bienveillant de l’identité et du genre.

Si la prise de vue est donc toujours dépouillée et rapide, elle n’en est pas moins conceptuellement sophistiquée. En effet, ce que Francesca Woodman met en image ce sont des idées souvent nourries de références nombreuses et explicites néanmoins abordées avec subtilité. Il y a les ailes d’anges, les ombres, les fleurs, la cage en verre, les miroirs, etc.

Autant de signes utilisés sans dissimulation ou complexification baroque. Il n’y a pas de jeu intellectuel sollicitant le regardeur. Les signes qui soutiennent la mise en scène sont montrés avec rigueur comme des corrélations. Pas de messages sibyllins ou d’ironie distanciée dans la composition et les accessoires.

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« Less is more ».

Tout concourt donc à insuffler à l’œuvre de Francesca Woodman un caractère minimaliste, rapide, énergique, direct et subtil.

Elle poursuit d’une certaine façon la démarche du mouvement Fluxus qui avait marqué profondément les années 60 jusqu’au années 80.

Fluxus voulait abattre les frontières esthétiques, sociales et intellectuelles entre l’art et la vie pour parvenir à un non-art, à quelque chose “d’authentique”, socialement responsable et “total”.

Francesca Woodman y est parvenu dans la plus grande économie de moyen, avec énergie et une douceur qui transparait constamment. La subtilité brillante et minimaliste du questionnement obstiné de Francesca Woodman sur le corps, le genre et l’identité a fondé la sincérité de son travail.


Une exposition à la Fondation Cartier sera consacrée à Francesca Woodman à partir du 11 mai jusqu’au 31 juillet 2016. On pourra y voir une centaine de tirages.


© George and Betty Woodman.

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