Butz&Fouque Fetish Bazaar

Accueil » Photographie » Butz&Fouque Fetish Bazaar | Par Thierry Grizard, publié le 4 septembre 2017, modifié le 23 janvier 2019

Les fausses jumelles

Dans la lignée d’un Ren Hang ou Yung-Cheng Lin les deux jeunes photographes et plasticiennes Perrine Butz et Bénédicte Fouque pratiquent sous la forme de l’humour une hybridation qui questionne l’identité et les limites du corps.

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© Butz&Fouque

Les limites du corps

Au même titre que le photographe coréen Ren Hang (voir notre article) mais dans un registre moins cru, moins connoté sexuellement et pour tout dire plus glamour et léger les deux jeunes femmes jouent des mises en relations accidentelles ou préétablies entre l’espace comme enveloppe extérieure et les limites épidermiques du corps.
Elles émergent des motifs du décor, s’encastrent dans des meubles, se chosifient et perdent leur identité pour devenir prolongements surréalistes et plus ou moins grotesques de ce qui est censé être l’objet face au sujet. Le monde organisé hérité de la renaissance et de la représentation galiléenne de l’univers géométrisé, dominé et habité par l’homme s’est à son tour vidé de l’humanité claire et bien définie du « cogito ergo sum ».

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© Butz&Fouque

L'un et le multiple

Les frontières entre l’animé et l’inanimé, l’objet et le sujet, l’un et le multiple, l’utilisateur et l’outil sont définitivement troublées. C’est une préoccupation que l’on observe chez de très nombreux artistes contemporains. Le monde ordonné et encore quelque peu habité par Dieu s’est effondré progressivement depuis le cataclysme de la seconde guerre mondiale. Dada, l’abstraction, le pop art et ses succédanés ont tous tenté de faire front à cet effacement des derniers oripeaux de l’humanisme.
A l’ère numérique l’approche est à la fois plus radicale, bien moins tragique et plus naturelle. La perte est intériorisée, l’on s’achemine vers une sorte d’animisme post-moderne où tout parait pouvoir s’hybrider, se sampler, la machine et l’homme (pour ne plus à avoir à dire l’Humanité) l’individu et le réseau, le singulier et l’altérité, le privé et le social, ainsi de suite. D’où probablement chez Butz&Fouque (y-aurait-il un jeu de mot ?) ce questionnement léger, à peine ironique plutôt humoristique de l’identité à travers la mise en œuvre de l’ère des confusions de l’identité, de l’enveloppe épidermique, de la pseudo gémellité.

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© Butz&Fouque

La comédie dérisoire du je

L’interrogation portée par ce duo n’est donc pas singulière mais la facture, l’approche se distinguent par une légèreté assez originale. Ainsi Chez Francesca Woodman (voir notre article) l’on est bien dans le corps comme écriture mais l’enjeu est quasi existentiel notamment dans la proximité avec le mouvement Fluxus qui voulait abattre la frontière entre l’art et la vie. Plus proche de nous, chez Ren Hang il y a une évidente violence et de la provocation qui semblent vouloir porter le flambeau du droit à la marginalité. Chez Yung-Cheng Lin (voir notre article) les hybridations perverses expriment une forme de déréliction désabusé et perverse. On pourrait poursuivre cette comparaison avec la sculpture hyperréaliste contemporaine (voir notre article) notamment Sam Jinks, Patricia Piccinini ou Lucy Glendinning, ou en se référant à des artistes comme Cindy Sherman, Francis Bacon et bien d’autres.

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© Butz&Fouque

Chez Butz&Fouque prévaut donc la comédie dérisoire dans une facture « magazine » à l’éclairage et aux tonalités soignés lorgnant de manière acidulée et policée vers Martin Parr.
Ces jeux de miroirs, de symétries et d’accouplement monstrueux sur papier glacé remplissent à merveille l’intention des deux plasticiennes, amuser, séduire puis déranger dans un sourire narquois n’offrant aucune réponse à peine plus d’interrogation sinon un constat élégamment amer.

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© Butz&Fouque


Butz&Fouque | Fetish Bazaar

Galerie Claude Samuel

Du 5 septembre au 8 octobre 2017

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