Jérôme Poret, Les Hôtes à La Maréchalerie de Versailles - ARTEFIELDS
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Jérôme Poret, Les Hôtes à La Maréchalerie de Versailles

Article publié par Thierry Grizard le 29 octobre 2019

Jérôme Poret invoque à partir de la Winchester House les esprits tels qu'ils se manifestent dans l'architecture, un lieu, ici La Maréchalerie de Versailles.

JÉRÔME PORET, CENTRE D’ART CONTEMPORAIN DE L’ECOLE NATIONALE SUPÉRIEURE D’ARCHITECTURE DE VERSAILLES

JÉRÔME PORET ET LA WINCHESTER HOUSE

Jérôme Poret est un plasticien français qui fait évoluer son travail autour des idées de lieux investis, habités, qu’il s’agisse de sons, d’images ou d’architectures. Il se tient toujours aux marges et s’efforce de donner voix à ce qui est inaudible ou/et presque invisible.

Dans ce cas de figure il s’est intéressé au spiritisme, notamment quand celui-ci veut faire parler les habitants absents mais encore présents en tant qu’esprits d’un lieu.

Jérôme Poret s’est penché en l’occurrence sur le cas de Sarah Winchester, qui voyant certains de ses proches succomber, crut qu’une malédiction régnait sur sa famille en raison des victimes de l’invention de son beau-père : la carabine Winchester.

En 1884, elle entreprend de faire édifier une demeure sous la dictée des victimes de la fameuse carabine à répétition. Les travaux ne cesseront qu’avec le décès de sa propriétaire en 1922, la bâtisse comptera alors 160 pièces sur plus de 2500 m2.

A partir de cette concrétisation architecturale du refoulé, Jérôme Poret a développé une narration prenant substrat sur l’idée de manifestations de la mémoire et de l’intersubjectivité dans des lieux ou au sein d’architectures. Une démarche qui rappelle notamment le travail de Chiharu Shiota (voir nos articles) qui invoque la mémoire individuelle et collective dans des lieux où elle fait advenir des absents et les fils tendus par les traces mémorielles entendues au sens le plus large, jusqu’aux phénomènes physiques qui traversent le temps et l’espace.

Natrium Lampen :

Jérôme Poret nous invite tout d’abord, (ou nous attire), jusqu’à La Maréchalerie, (centre d’art contemporain de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles), par une ampoule à sodium émettant une lueur charnelle qui semble vouloir dire que La Maréchalerie est une demeure accueillante pour les voyageurs, qu’il s’agisse des passants bien vivants ou des spectres évanescents.

Balcon-Fenêtre :

L’invitation acceptée, on pénètre dans un vaste hall où ont pris places quelques installations de Jérôme Poret et son autre « invité », Guillaume Constantin.

Au centre de l’espace on observe, serti à l’horizontale dans le dallage de La Maréchalerie, un balcon-fenêtre aux vitrages de ténèbres qui semblent donc ouvrir vers un en-deçà. Or, la pièce d’architecture en question est une réplique d’un des éléments de la Winchester House.

Whisper Room :

Dans une pièce adjacente trône sur un podium un gramophone Pathé du XX° siècle où a été enregistrées les voix d’étudiants de l’École d’architecture mis sous hypnose. Les murs en pans de mélaminés arrangés de manière chaotique, à l’image de la Winchester House, isolent les esprits et les sons qui pour certains sont reportés en trois dimensions sur des abat-sons en bois de peuplier brûlé. Ce gramophone pour hypnose répond au phonographe Edison, placé près du balcon-fenêtre vers des ailleurs, qui était censé pouvoir enregistrer les voix d’outre-tombe invoquées lors des séances de spiritisme.

GUILLAUME CONSTANTIN ET L’INCONNUE DE LA SEINE :

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Dans la dernière salle, Guillaume Constantin nous narre à travers l’installation « l’Inconnue de la Seine » l’étrange destin d’une jeune femme retrouvée dans les eaux du canal saint Martin et qui malgré sa mort violente supposée affichait un visage souriant et serein. Un médecin légiste, frappé par l’incongruité de cette expression, en fit un moulage. Ce même visage devint plus tard, dans les années 1950, celui qui fut utilisé par un certain Åsmund Lærdal, fabricant de jouets norvégien, afin de créer un masque en latex utilisé lors des entrainements de secourisme pour la réanimation cardio-pulmonaire. Ce mannequin d’entrainement fut baptisé, bien à propos, “Resusci Anne” par l’entrepreneur.

Ce visage serein de la mort et sa perpétuation post-mortem est particulièrement troublant et en adéquation avec la trame narrative adoptée par Jérôme Poret. C’est, dans un certain sens, la manifestation de spiritisme la plus patente de cette exposition.

  • © Jérôme Poret.
  • © Guillaume Constantin.
  • Courtesy : La Maréchalerie.
  • Photographie in situ : Thierry Grizard @ tgrid.net.
  • Photographies, tous droits réservés.
  • Camera : Iphone 7 Plus.