Marlene Dumas et Marie-Madeleine ; Pour en finir avec les stigmates

Noli me tangere, ou comment Marlene Dumas se saisit de cette figure de la repentance, pour rire avec férocité et ironie de ces stigmates !

Auteur: Thierry Grizard, publié le 27 janvier 2026.

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Marlene Dumas ne peint pas des saintes. Elle peint des femmes marquées, soupçonnées, rejetées. Quand elle convoque Marie-Madeleine dans son œuvre, ce n’est pas pour célébrer une figure de foi, encore moins pour illustrer une parabole édifiante sur la croyance versus la preuve matérielle. Ce qui l’intéresse, c’est la boue. La souillure. L’indignité assignée.

Le personnage de Marie-Madeleine qu’elle mobilise n’est d’ailleurs pas vraiment un personnage, mais un montage. Une invention. Les spécialistes de l’histoire religieuse le confirment : la Marie-Madeleine catholique, cette prostituée repentante qui doute et doit toucher le Christ ressuscité pour croire, résulte d’une confusion volontaire orchestrée par l’Église. Trois femmes distinctes mentionnées dans les Évangiles ont été fondues en une seule figure composite : Marie-Madeleine la bienfaitrice, Marie de Béthanie (disciple de Jésus, sœur de Lazare et de Marthe), et une prostituée anonyme, parfois identifiée à Marie l’Égyptienne.


Pour approfondir, lisez notre analyse complète de Marlene Dumas: Marlene Dumas, Figure et figures


Marlene Dumas. Série Magdalena.

Cette confusion n’a rien d’accidentel. L’Église catholique médiévale avait besoin d’un exemple frappant de repentance, d’un modèle de rédemption qui serve son message moral. Quelle meilleure illustration que cette femme déchue, pécheresse, impure, qui trouve le salut dans le repentir ? Les protestants, Luther et Calvin en tête, ont dénoncé cette manipulation avec leur rigueur habituelle. Ils ont insisté pour distinguer les trois personnages que les catholiques avaient commodément amalgamés. Mais le mal était fait : Marie-Madeleine, dans l’imaginaire occidental, était devenue indissociable de la souillure.

C’est précisément cela qui retient l’attention de Dumas. Pas la théologie, certainement pas la distinction protestante versus catholique en tant que telle – bien qu’elle la connaisse probablement. Non, ce qui l’intéresse, c’est que cette confusion ait produit une figure féminine essentiellement définie par sa salissure, son impureté, son statut de paria. Une femme qu’on accuse, qu’on stigmatise, qu’on marque au fer rouge du péché charnel.


Voir notre article : Ingmar Bergman : Chair, Lumière et Transcendance


Marlene Dumas. Série Magdalena.

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