Carla van de Puttelaar, Le nu photographique comme portrait

Le nu photographique avec Carla van de Puttelaar s'érige, par son souci du détail sa proximité avec l'épiderme du modèle au rang de portrait de femmes nues.

Auteur: Thierry Grizard, publié le 16 janvier 2026.

Artefields Logo

Rejoignez Artefields

Accédez au contenu Premium sans aucune restriction : analyses et documents, articles augmentés, portfolios, pdf et ebook, wiki, newsletters exclusives.

Rejoindre

Une position ambiguë dans le champ de la photographie contemporaine

Carla van de Puttelaar occupe une place singulière dans le paysage de la photographie contemporaine, à mi-chemin entre tradition picturale et renouvellement du regard sur le corps féminin. Formée à l’Académie Gerrit Rietveld d’Amsterdam, la photographe néerlandaise a développé depuis les années 1990 une œuvre qui dialogue intensément avec l’histoire de l’art européen, particulièrement les maîtres hollandais et flamands du XVIIe siècle. Ses images, exclusivement réalisées à la lumière naturelle, mettent en scène des corps féminins dans des compositions quasi picturales où le clair-obscur, les textiles soyeux et une attention extrême à la texture de la peau créent une atmosphère suspendue, presque intemporelle.

Pourtant, cette œuvre apparemment harmonieuse recèle des tensions profondes. Van de Puttelaar se positionne comme une artiste féministe, revendiquant un regard de femme sur le corps féminin, affirmant vouloir échapper aux codes du male gaze académique. Mais simultanément, son esthétique emprunte massivement aux conventions les plus académiques de la représentation du nu féminin, flirtant dangereusement avec le pictorialisme du début du XXe siècle et ses codes de représentation problématiques. Cette contradiction mérite d’être examinée avec précision.

© Carla van de Puttelaar

Héritages flamands et scandinaves : une généalogie complexe

L’œuvre de Van de Puttelaar s’inscrit explicitement dans une tradition nordique de la représentation du corps. Les références aux maîtres hollandais sont omniprésentes : le clair-obscur rembrandtien, l’attention portée à la matérialité des textiles, la lumière naturelle filtrée qui enveloppe les corps sans les découper brutalement. Comme chez Vermeer ou Rembrandt, la peau devient une surface où se joue un dialogue complexe entre présence physique et fugacité de l’instant. Les corps ne sont jamais abstraits ou stylisés dans le sens d’une simplification formelle ; au contraire, chaque grain de beauté, chaque rougeur, chaque pli de la peau est rendu avec une précision quasi scientifique.

LA SUITE DE CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX MEMBRES

Post Review Form (#16)