Pourquoi aller voir l’expo Madeleine de Sinéty au Jeu de Paume

La première rétrospective d'ampleur consacrée à Madeleine de Sinéty s'installe au Jeu de Paume, du 12 juin au 27 septembre 2026. Pourquoi cette œuvre rurale, sincère et précurseure, mérite le détour.

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Pourquoi aller voir l’expo Madeleine de Sinéty au Jeu de Paume

Madeleine de Sinéty au Jeu de Paume : pourquoi voir l’expo

Du 12 juin au 27 septembre 2026, le Jeu de Paume consacre à Madeleine de Sinéty (1934-2011) la première rétrospective d’ampleur de son œuvre. Après une première station au Château de Tours, Une vie s’installe place de la Concorde, sous le commissariat de Jérôme Sother, et dévoile l’essentiel d’un travail en couleurs resté, du vivant de la photographe, quasi invisible — seul le noir et blanc avait été partiellement montré, à la BnF en 1996, puis à Portland en 2011. Nous avons déjà consacré à Sinéty un portrait biographique ; reste la seule question qui vaille pour qui hésite à monter à Paris : l’exposition justifie-t-elle le détour ? Oui — et pour des raisons qui n’ont rien d’une dévotion de circonstance.

© Madeleine de Sinéty
© Madeleine de Sinéty

Un document qui confine à l’ethnologie

Le premier intérêt est documentaire, au sens le plus exigeant. Le monde que Sinéty photographie à Poilley — quatre cents âmes, plus de cinquante mille clichés en une décennie — nous est temporellement proche et pourtant terriblement lointain. On y entre comme dans une ethnographie involontaire. Or il n’existe, pour ces années-là, pas tant de témoignages d’une telle qualité à cette échelle microscopique de la ruralité : non pas la paysannerie en général, abstraction de manuel, mais quelques fermes, quelques visages, quelques gestes saisis à hauteur de cour. C’est cette précision presque parcellaire qui fait la valeur du fonds — plus de trente mille diapositives couleur, plus de vingt mille négatifs noir et blanc, doublés du même geste mené à Rangeley, dans le Maine. L’accrochage du Jeu de Paume, en exhumant enfin les couleurs et en les confrontant à des extraits du journal intime de la photographe, rend cet ensemble pour la première fois pleinement lisible. On en sort avec le sentiment d’avoir consulté une archive vivante, et non visité une exposition de plus.

Madeleine de Sinéty, l’écho d’un monde évanoui
Entre 1972 et 1985, Madeleine de Sinéty documente l’extinction du monde rural traditionnel à Poilley. Fille d’aristocrates devenue témoin intime d’une communauté paysanne, elle capture avec une empathie rare la transition vers la modernité consumériste et l’effacement d’un mode de vie ancestral.

La sincérité vaut objectivité

Ce qu’il y a de remarquable, voire d’exceptionnel, tient à la sincérité de Sinéty. Son empathie pour ce monde qui ne sait pas — ou ne veut pas — prendre le train de la modernité n’est ni condescendante ni dramatisante. Elle est, simplement et magistralement, proche : elle partage les émotions d’un quotidien qui résiste, sans le savoir, à sa propre disparition.

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