Yasmina Benabderrahmane, Le BAL - ARTEFIELDS
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Yasmina Benabderrahmane, Le BAL

Article publié par Communiqué le 15 janvier 2020

Yasmina Benabderrahmane a été en 2019 la deuxième lauréate du prix le bal de la jeune creation avec l’adagp, l'exposition "La Bête" en est le fruit. 15 janvier - 12 avril 2020

« La Bête », Yasmina Benabderrahmane

Yasmina benabderrahmane a été en 2019 la deuxième lauréate du prix le bal de la jeune creation avec l’adagp. Ce prix a pour vocation d’accompagner pendant deux ans la réalisation d’un projet de création s’inscrivant dans le spectre large de l’image-document, fixe et en mouvement, questionnant notre expérience humaine.

C’est une histoire entre deux rives, celle du Maroc d’hier où les matières sont à ras de la terre et des corps, et celle d’aujourd’hui, entre béton et rocailles. Depuis 2012, Yasmina Benabderrahmane traverse les dunes et les plaines de son pays d’origine qu’elle tente d’apprivoiser par l’image, après quatorze ans d’absence.

Dans la vallée du Bouregreg, un nouveau centre culturel, théâtre et musée archéologique, chantier pharaonique du roi, semble une bête couchée, figure d’une modernité en cours qui ronge le paysage et change, peu à peu, la physionomie d’un pays ancestral. La « Bête » ne dort pas, elle gonfle, ronfle et s’installe, grossit de jours en jours et impose son architecture aux allures de carapace. Plus loin, sur les pentes désertiques, calleuses, pelées de l’Atlas sommeillent des villages pavés de temps mort, de traditions que l’on se passe de mains en mains, et où on peut encore entendre la voix adoucie du bouche à oreille et des contes qui rassemblent les familles le jour de l’Aïd.

Yasmina Benabderrahmane nous invite à suivre le chemin qui serpente entre ces deux mondes. Son travail est habité par son histoire familiale, entre métaphore et fragments bruts. Il y a l’Oncle, d’abord, géologue, responsable de la « Bête » de la vallée de Bouregreg, garant des sols et de la mémoire, et il y a la Grand-mère, un peu plus loin, à Chichaoua, qui boucle le temps et tresse les coutumes, entre henné et viscères.

De ces espaces et de ces corps familiers où se joue l’histoire contrariée du Maroc contemporain, Yasmina Benabderrahmane cherche à s’approcher du détail et des matières, des mains qui façonnent, qui agissent ou reproduisent, au fil des âges, les mêmes gestes. Dans les soubresauts saccadés de la pellicule, l’œuvre de Yasmina Benabderrahmane nous invite à une histoire marocaine minérale et instinctive, où les pierres dégoulinent et le sang caille, et où le regard de l’artiste se pose sur l’intimité du temps qui gît, passe et se retourne.

— Adrien Genoudet, co-commissaire

Yasmina Benabderrahmane

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Yasmina Benabderrahmane, « La Bête »

Le BAL

15 janvier – 12 avril 2020