Le Supermarché des Images, musée du Jeu de Paume - ARTEFIELDS
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Le Supermarché des Images, musée du Jeu de Paume

Article publié par Thierry Grizard le 20 février 2020

L'exposition collective proposée par le musée du Jeu de Paume tente d'appréhender la nouvelle économie des images à l'ère post-internet. 11 février - 7 juin 2020

Exposition collective

L’exposition collective proposée par le musée du Jeu de Paume tente d’appréhender la nouvelle économie des images à l’ère post-internet, c’est à dire de saisir et le dédoublement du réel par sa représentation dématérialisée (google Earth, la multitude des réseaux sociaux) et son substrat technique qui est, lui, éminemment matériel, enraciné dans l’économie mondialisée, ainsi que les enjeux géopolitiques. L’extrême visibilité quasi évanescente des échanges dérobant au regard l’assise industrielle, matérielle et politique de la nouvelle économie.

La plupart des grands noms de la photographie plasticienne sont présents dans cette exposition collective, notamment les tenants de la Photographie Objective, en particulier Andreas Gursky et Thomas Ruff mais aussi des plasticiens tels que Maurizio Cattelan, Hito Steyerl qui posent sur l’ère du flux des images un regard caustique ou dystopique comme Hiroshi Sugimoto.

Nous habitons un monde de plus en plus saturé d’images.
Leur nombre connaît une croissance tellement exponentielle – aujourd’hui plus de trois milliards d’images partagées chaque jour
sur les réseaux sociaux – que l’espace de la visibilité semble être littéralement submergé. Comme s’il ne pouvait plus contenir les
images qui le constituent. Comme s’il n’y avait plus de place, plus d’interstices entre elles.
On s’approcherait ainsi de la limite que Walter Benjamin, il y a un siècle déjà, imaginait sous la forme d’« un espace à cent
pour cent tenu par l’image ».
Face à une telle surproduction d’images, se pose plus que jamais la question de leur stockage, de leur gestion, de leur
transport (fût-il électronique) et des routes qu’elles suivent, de leur poids, de la fluidité ou de la viscosité de leurs échanges, de
leurs valeurs fluctuantes – bref, la question de leur économie. Dans l’ouvrage1 duquel est issue cette exposition, la dimension économique de la vie des images prend le nom d’iconomie .
Les œuvres choisies pour « Le supermarché des images » posent un regard incisif et vigilant sur de tels enjeux. D’une part, elles
réfléchissent les bouleversements qui affectent aujourd’hui l’économie en général, qu’il s’agisse de stocks aux dimensions inouïes,
de matières premières raréfiées, du travail et de ses mutations vers des formes immatérielles ou encore de la valeur et de ses
nouvelles expressions, notamment sous forme de cryptomonnaies. Mais, d’autre part, ces œuvres interrogent aussi le devenir de
la visibilité à l’ère de l’iconomie globalisée : entraînée dans des circulations incessantes, l’image – toute image – nous apparaît
de plus en plus comme un arrêt sur image, c’est-à-dire comme une cristallisation momentanée, comme l’équilibre provisoirement
stabilisé des vitesses qui la constituent.
Dans le supermarché qui s’expose ici, en somme, les images de l’économie parlent chaque fois de l’économie de l’image.
Et vice versa, comme si elles formaient un recto-verso.

Commissaires : Peter Szendy, Emmanuel Alloa et Marta Ponsa
Thomas Ruff

Le Supermarché des images

11 février – 7 juin 2020

Musée du Jeu de Paume

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