Jochen Lempert au Crédac

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Jochen Lempert au Crédac

Le Crédac d'Ivry propose une exposition personnelle du photographe allemand Jochen Lempert dont le travail est une sorte de "science" du sensible. 24 janvier - 29 mars 2020

Jardin d’Hiver

Exposition au Crédac d’Ivry des photographies de Jochen Lempert.

L’exposition personnelle de Jochen Lempert s’inscrit dans la volonté du Crédac de poursuivre son accompagnement des artistes. En effet, l’artiste allemand (né à Moers en 1958, vit et travaille à Hambourg) faisait partie du projet The Registry of Promise que le Crédac avait organisé avec le commissaire Chris Sharp dans quatre centres d’art en Europe (2014 -2015).1 Jochen Lempert présentait son travail dans le chapitre The Promise of Melancholy and Ecology à la Fondation Giuliani à Rome. L’exposition questionnait le trauma lié aux conceptions traditionnelles de l’idée de nature. Ayant étudié la biologie et travaillé comme ornithologue sur des navires de recherche en mer du Nord, Jochen Lempert porte sur ses sujets photographiques un regard scientifique teinté d’humour et d’une certaine mélancolie, mais toujours dénué de morale.
Développées par lui-même dans une chambre noire, ses photographies semblent anachroniques. Son art ne se limite pas à la production d’images, une part importante s’énonçant dans les pages des livres et dans l’espace d’exposition. Jochen Lempert porte un regard intéressé et sensible à la relation que les choses entretiennent entre elles et c’est dans l’espace qu’il opère des analogies et des correspondances, auxquelles il donne le rythme qui entraîne notre lecture de son travail. Cet exercice nous évoque celui de son compatriote Aby Warburg qui, à Hambourg même, entama son célèbre Atlas Mnémosyne à l’été 1926.
Sa méthode photographique se situe du côté des modernes comme Karl Blossfeldt (1865- 1932), August Sander (1876-1964), mais encore davantage de celui de la botaniste Anna Atkins (1799-1871), à laquelle il voue une grande admiration et qui la première avant William Henry Fox Talbot (1800-1877) et son Pencil of Nature travailla à un index des plantes, au service de la biologie.
La sobriété du travail de Lempert, voire sa désarmante simplicité, jointe à une approche documentaire vient sans doute de ses études en biologie. Mais son regard n’est pas seulement scientifique, il est phénoménologique et empirique, parfois même métaphorique. Certaines de ses séries appartiennent au domaine du passé révolu, voire de l’extinction. Par exemple celle de l’Alca impennis ou du Grand Pingouin, dont le dernier spécimen s’est éteint en 1844. Au cours des vingt dernières années et jusqu’à aujourd’hui, Lempert a photographié 35 des 78 spécimens naturalisés présents dans les Musées d’histoire naturelle du monde entier.
Si Jochen Lempert établit une connexion entre la biologie et le photographique, ce n’est sans doute pas seulement parce qu’il connaît sa voie entre les deux champs, mais parce que plusieurs de ses photographies peuvent être lues comme le résultat d’un champ étudié et parce qu’il introduit la théorie de l’évolution très directement dans son œuvre. Le critique d’art Roberto Ohrt a d’ailleurs pointé fort justement que le naturaliste Charles Darwin (1809-1882) et le photographe William Henry Fox Talbot (1800-1877) sont contemporains. Un sujet émerge ainsi brillamment à cet endroit : l’établissement de la théorie de l’évolution et l’invention de la photographie dans la même ère sonne comme le prélude à une surprenante thèse de la théorie des médias.
L’exposition du Crédac intitulée Jardin d’hiver fait suite à Sudden Spring et Predicted Autumn.2 Un programme que l’artiste poursuit au rythme des saisons. Jochen Lempert y conçoit un dispositif de vitrines à la manière de cabinets botaniques enfermant des compositions de photographies déclinant le motif végétal, comme les empreintes d’une nature suspendue à la promesse de renouvellement. Une Ipomoea tricolor (morning glory en anglais), un détail du Printemps de Botticelli, l’imprimé floral d’une chemise en coton, sont des éléments qui forment un récit visuel par le jeu de libres associations conceptuelles ou formelles opérées par l’artiste.

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© Jochen Lempert, le Crédac, Ivry

« Jardin d’Hiver », Le Crédac

Crédac

24 janvier – 29 mars 2020

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