Jean-Baptiste Bernadet, galerie Almine rech

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Jean-Baptiste Bernadet, galerie Almine rech

Jean-Baptiste Bernadet expose à la galerie Almine Rech des microcosmes à l’échelle incertaine qui se replient ou s'ouvrent dans l'infini des détails. 9 janvier - 1 février 2020

« Lava – Averses jupitériennes »

Si l’on confère des propriétés et des perceptions à un monde, telle que la gravité dans les conditions atmosphériques référencées, standards, en cela terriennes pour ce qui nous concerne, l’on peut fantasmer certains maelströms sitôt nos sens catapultés dans un univers lointain, où, aiguisés, excités sinon détruits par l’agitation intense et nouvelle qui entrainerait irrésistiblement l’explorateur à l’épreuve de la surface apparente de cet astre découvert.
Du microscope à la lunette stellaire, comme le narre Proust lorsqu’il déplie le sens du détail dans La Recherche, il y a quelque chose d’éminemment fascinant à l’observation analytique de ces pierres plates levées, disques de laves émaillés que peint et cuit Jean Baptiste Bernadet. Untitled (Sign) distribue, par série, de puissants courants colorés, turbulences et craquelures polychromes, à vif, autant que ses mouvements de matières découvrent, sur le dessous, les traces d’un signe fondateur, d’un événement titanesque, d’une terre réfractée antérieure. Lave première ou terre dure.
En substance, à fleur de pierre, la matière invraisemblablement liquide et son coloris s’expriment pleinement, formant une collection de palets spatiaux, instants fixés d’une géologie astrale, flux inertes après cuisson, tel le magma refroidi : un archipel d’intempérances. La glaçure en surface décrit son autoportrait, métamorphose entière d’un sujet en un autre, à l’image des figures joueuses, aux caractères agiles et impétueux, des divinités secondes antiques, toutes jupitériennes.
Tableau rond et solide. Emaillé comme peint, le travail de Jean Baptiste Bernadet, de vibrations picturales et céramiques, délivre un imaginaire plein et assourdissant, où la composition se disloque au profit d’une nuée naissante. Morphe qui se dessine dans les épaisseurs et les transparences et non d’un trait. Un monde plat ? Une pierre de chevalet, verticale et superstitieuse dont le bord dessine une limite paradoxalement suspendue à l’écoulement fatal, comme tenu par une mécanique intangible. Un fragment de météore coloré qui lévite, reflet en soi, ailleurs complet, telle que l’imagerie scientifique récente met au jour, et révèle, les trous noirs par une recomposition numérique de leur nature invisible, indicible.
Décor intense d’un au commencement était, les débordements évolutifs de la pâte appliquée déjouent le beau policé et ouvre un espace pictural en mouvement, une somme d’oxymores qui orchestre une variation de précipités en rondeau.
Untitled (Sign), d’oracles et de nuages donc, aussi denses que plastiques ; une pluie énonciatrice, belle de ses révélations picturales et de ses flaques grises où le spectre polychrome se déploie, opacité nécessaire d’un soupirail volcanique sec sans quoi la couleur, au devant, terrait son augure.

  • Mathieu Buard, Paris, octobre 2019

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