Erwin Wurm : la sculpture comme question ouverte

Erwin Wurm investit pour la première fois l'intégralité de la galerie Ropac Pantin avec _Tomorrow : Yes_. Retour sur un corpus qui redéfinit les limites de la sculpture : protocole, corps, architecture, héritage Fluxus.

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Erwin Wurm : la sculpture comme question ouverte

Il y a des artistes que les galeries exposent parce qu’il le faut. Erwin Wurm est de ceux que Thaddaeus Ropac expose parce qu’il le veut — et depuis longtemps. La relation entre l’Autrichien né en 1954 à Bruck an der Mur et la galerie remonte aux premières années de la décennie passée.
À Pantin, Tomorrow: Yes (17 janvier – 11 avril 2026) marque une étape dans cette fidélité: pour la première fois, Wurm investit l’intégralité des 2 000 mètres carrés d’exposition du bâtiment, avec des œuvres dont la majorité sont inédites.
L’occasion est suffisante pour tenter un point sur ce que son travail déplace, continue de déplacer, et sur les raisons pour lesquelles il reste pertinent dans le champ de la sculpture contemporaine.

Le protocole comme forme

Il faut revenir aux One Minute Sculptures pour comprendre d’où vient Wurm. Depuis 1996, ces pièces fonctionnent sur un principe simple: une instruction écrite ou dessinée indique au visiteur une posture à adopter avec un objet du quotidien — un seau, un chapeau, une bouteille, un pull Issey Miyake. La durée est celle du titre. Après une minute, la sculpture disparaît.

Le modèle opératoire n’est pas sans précédent. Dans les années 1960, le mouvement avait déjà transformé l’œuvre d’art en partition à exécuter. Les Instruction Pieces de Yoko Ono, les Event Scores de George Brecht ou de Dick Higgins posaient la même question: une œuvre d’art peut-elle n’exister que dans sa réalisation, sans objet résiduel? Chez Fluxus, la notation musicale est détournée pour produire des événements plastiques. L’exécutant n’est pas l’artiste. La répétabilité est structurelle. Ce que Wurm ajoute à cet héritage, c’est le corps propre du spectateur comme matière sculpturale. Le visiteur n’active pas l’œuvre de l’extérieur: il est temporairement l’œuvre¹. La galerie Ropac présente plusieurs de ces pièces dans l’exposition actuelle, dont une version conçue autour d’un pull de la collection Automne/Hiver 2025-26 d’Issey Miyake — la maison avait présenté sa collection en mars 2025 au Carrousel du Louvre en s’appuyant explicitement sur le vocabulaire de Wurm.

© Erwin Wurm. One Carrying a Bomb – Looking For a Bomb” (2003). Series “Instructions On How to Be Politically Incorrect”
© Erwin Wurm. One Carrying a Bomb – Looking For a Bomb” (2003). Series “Instructions On How to Be Politically Incorrect”

Ce lien avec la mode n’est pas anecdotique. Le vêtement est chez Wurm un medium à part entière, au même titre que le marbre ou le bronze. Il recouvre, déforme, cache ou révèle. Il appartient à la sphère de l’intime autant qu’à celle de la représentation sociale.

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