Egérie : Maria Boursin dite Marthe Bonnard, omniprésente et éternellement jeune
Marthe de Méligny (pseudonyme que Maria Boursin se donna lors de sa première rencontre avec son futur époux) fut le modèle presque exclusif du peintre Pierre Bonnard durant une cinquantaine d’années. De caractère farouche, d’une santé fragile, probablement mal à l’aise dans le milieu de l’art, Marthe se replia progressivement dans une sorte de réclusion domestique.

Pierre Bonnard l’accompagna dans cet isolement en y dérogeant qu’exceptionnellement. Il peint son épouse et donc égérie (le mariage n’eut lieu qu’assez tardivement, révélant par la même occasion l’identité exacte de sa compagne) dans une très grande quantité de ses œuvres. Elle apparaît fréquemment nue, à sa toilette, transfigurée dans une image de perpétuelle jeunesse, son visage est souvent dissimulé.
Elle est indifférente ou repliée. Le peintre du Cannet dépeignait avant tout la lumière et son rendu, la sensation, la figure n’est par conséquent pour lui que secondaire, c’est pourquoi Marthe est comme immergée, absorbée par le motif, bien qu’elle habite obstinément nombre de toiles, parfois sans autre nécessité que d’être présente, de marquer subrepticement de son empreinte l’espace pictural.

Pierre Bonnard, « Nue à contre-jour », 1908.
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