Diogo Pimentão, sculpter le geste du dessin

Diogo Pimentão est un artiste portugais réputé qui sculpte en dessinant, non sur un plan, mais dans l’espace, le geste du dessin trace des lignes en volume.

Auteur: Thierry Grizard, publié le 30 janvier 2020.

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Diogo Pimentão dessiner pour sculpter le vide

Diogo Pimentão est un artiste plasticien portugais d’une quarantaine d’années à la silhouette élancée et athlétique, qui depuis les falaises de Sintra a pratiqué le plongeon à des hauteurs vertigineuses et est également amateur de parachutisme en chute libre. Ces détails biographiques ne sont pas anecdotiques tant la démarche de cet artiste est marquée par le rapport au vide de la feuille de dessin étendue au vide de l’espace, mais aussi la résistance et la plasticité du support, en l’occurrence la feuille de papier, et la posture du corps relativement au support d’expression.

La geste du dessin amplifié

Diogo Pimentão est à la fois sculpteur et dessinateur. Plus précisément, il dessine comme un sculpteur en agissant sur la matière du dessin, à savoir le graphite et le vide que la ligne contourne. Le dessin étendu de l’artiste a, depuis ses débuts, débordé la surface étroite de la feuille sans jamais pourtant la quitter. Il dessine non pas seulement sur le plan mais avec le plan qu’il plie, casse, étreint et déborde. Il déplace également la ligne au-delà du papier pour la matérialiser sous la forme d’inscriptions solides ou imaginaires.

A l’image de la ligne périlleuse d’un plongeon, ou la trace d’une chute dans le vide, il marque l’espace des trajets que le mouvement imprime. La ligne et le plein sont chez Diogo Pimentão comme le résultat de la chorégraphie de l’acte d’inscrire. L’objet même des dessins spatiaux du plasticien n’est rien d’autre que la mémoire du geste.

Il y a pourtant dans son travail sans narration un récit, parfois éminemment biographique, en ce sens qu’il s’efforce de noter, y compris à l’échelle de l’atelier, le geste en tant que tel. Le gestuaire graphique devient la geste d’une appréhension du volume. Le dessin performatif tridimensionnel de l’artiste occupe toute son énergie et semble prolonger son gout pour la chute dans ce qu’elle contient d’expérience de la résistance, du centre de gravité et de la posture.

Les éléments résiduels de l’atelier

On saisit encore plus finement la dimension biographique et haptique (voir notre article sur Raoul Hausmann et la Sensorialité Excentrique) du travail de Diogo Pimentão quand on apprend sa compulsion à tout conserver dans son atelier. A l’instar d’un Anselm Kiefer ou d’un David Altmejd l’artiste portugais voit dans l’espace de l’atelier un écosystème qui ne se différencie pas de son processus créatif.

Il conserve le moindre des objets, reprend des éléments du travail, des traces accidentelles de découpages ou pliures par exemple, mais également les marques que le graphite laisse de toute part dans l’atelier, sur le sol ou les murs et réutilise tout cela comme s’il s’agissait d’une extension de lui-même. Nombre de pièces sont telles des fragments de « l’umwelt » de l’atelier. C’est ainsi qu’il détache des dessins du mur et en recompose les lambeaux en un autre dessin notamment en modifiant le plan, puisqu’il dépose (dans toutes les acceptions du terme), tel un archéologue, la peau déchirée du dessin à même le sol, muant ainsi un élément vertical en un plan horizontal.

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