Mueck, Caravage, Michel-Ange, Böcklin, Lucian Freud

Accueil » art contemporain » Mueck, Caravage, Michel-Ange, Böcklin, Lucian Freud | Par Thierry Grizard, publié le 18 mars 2015, modifié le 3 janvier 2019

Ron Mueck, Sam Jinks et l'histoire de l'art


Ron Mueck

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Similitudes ou hasard dans les rappels historiques de ces quelques œuvres de Ron Mueck et Sam Jinks ?

Quand on sait que la sculpture pratiquée par Mueck exige un temps terriblement long d'exécution il est évidemment difficile d'imaginer que ces similitudes soient fortuites. D'autant plus que l'artiste australien a revendiqué ouvertement certaines filiations ou références.  Notamment concernant le Saint François du Caravage, (voir notre article dédié à l'analyse de cette sculpture ici).

Donc pas de doute non plus touchant le dialogue qu'engage Mueck avec Böcklin et Lucian Freud.

Cette approche de pièces fort connues n'est d'ailleurs absolument pas superficielle.

Leigh Bowery et « Big Man »

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Concernant le tableau de Lucian Freud (Naked Man, Back View, 1991/92) l'œuvre de Mueck donne l'impression que nous sommes confrontés à un effet de miroir. En effet, le « Leigh Bowery de Ron Mueck » (le modèle) nous fait face et nous observe sans pudeur d'un regard sinon inquisiteur tout du moins direct, voire insistant. C’est un peu comme si l’artiste avait voulu nous montrer ce que cache ce dos à la plastique monumentale. Mueck a probablement dans ce cas voulu aussi inverser la relation de voyeurisme que suppose ce genre de situation.

De plus, l'hyperréalisme créer souvent une sorte d'intrusion brutale du réel qui en devient étrange, il creuse aussi une distance avec la dimension sculpturale de la figure. C’est donc comme un envers stylistique. Un trait caractéristique de la peinture de Lucian Freud est d'être précisément sculpturale, elle figure les modèles dans la matière, la pâte et le modelé, accuse les masses et les impacts de lumière, ce qui ne peut en aucun cas être le fait d’une sculpture illusionniste, rebelle par principe aux effets de style. « The big man » est donc une sorte d’inversion du tableau de Freud.

L’île des morts

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Concernant la référence au tableau de Böcklin (L'Île des morts, Die Toteninsel, 1886). nous sommes davantage dans une lecture complémentaire de l'île des morts. Dans le tableau elle est inaccessible, on entraperçoit un personnage de dos qui accoste. Mais la toile reste énigmatique. Or le sculpteur australien nous embarque vers l'île ou tout du moins il nous met dans la position de celui qui observe depuis l'île cet individu dévêtu qui approche. Le personnage dans la barque regarde ostensiblement au lointain, de côté, il tente de mieux cerner ce qui est en train de se produire, de saisir ce qui advient du passager précédent. Nous sommes les spectateurs omniscients de cet aller retour. Mueck essaie en quelque sorte de compléter le récit allégorique de Böcklin. Il en donne une lecture presque dénuée de symbolisme. On ne sait pas ce que fait cet homme nu dans une barque. Mueck répond à la métaphore mystérieuse de Bôcklin par une autre charade, mais bien plus prosaïque.

Sam Jinks

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Sam Jinks qui a longuement travaillé avec Ron Mueck ne déroge évidemment pas à cet usage habituel dans les arts plastiques de dialogue avec les grands maîtres. En outre, il s'agit dans chacun de ces cas de figures d'œuvres mondialement connues au point d'en être devenues pour certaines des clichés difficile à voir par d'un oeil vierge.

Jinks nous offre une vision terriblement banale et réaliste de la mort, notamment de sa mère. A contrario de Michel Ange, il n'y a ici aucune stylisation, pas de sublimation mais le chagrin, la perte, la décrépitude et une inversion. Le salut semble être refusé. On est englué dans l’absence de réponse spirituelle à la perte. Jinks inverse aussi les rôles et les genres. La mère prend la place du Christ, le fils se substitue à la Vierge. Le fils porte sa mère, ou du point de vue du sujet religieux il la « dépose » sans espoir de salvation. Le mise ne place relève de la tradition religieuse mais le traitement est résolument profane. C’est une mort sans transcendance.

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On constate le même effet de miroir que dans le travail de Ron Mueck et ceci jusqu'aux valeurs qui sont suggérées par la "mise en scène". Cette pièce est saisissante de véracité psychologique sans tomber pourtant dans la complaisance.

Ce que nous offrent les deux artistes, c'est une approche neuve et quelque peu ironique de chef-d'œuvres galvaudés.

 
 
 
 

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