Pierre Leguillon, Learning from Looking

Accueil » art contemporain » Pierre Leguillon, Learning from Looking | Par Thierry Grizard, publié le 12 avril 2019, modifié le 13 avril 2019

Pierre Leguillon et les flous du kasuri

Pierre Leguillon organise à la Fondation d’Entreprise Ricard une exposition qui se refuse, qui regarde vers le regardeur en essayant de pointer là où lui-même, en voyageur au Japon durant quatre mois, il fut spectateur empêché de lire les signes d’une culture étrangère, hors de nos repères culturels, (séjour qui eut lieu dans le cadre d’une résidence produite par la Fondation d'Entreprise Ricard avec le soutien de la Fondation des Artistes (Commission mécénat)).

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L’exposition « Parler aux yeux », « Learning from Looking » pour le musée des Erreurs (un projet initié depuis une quinzaine d’années) tente de proposer un autre parcours du musée, de l’intelligence de la création.

Pierre Leguillon après avoir essentiellement travaillé à partir de « Diaporamas » a poursuivi en jouant d’associations, sinon libres, tout du moins arbitraires, non codifiées, entre des objets visuels qui vont de la pièce d’artisanat à l’objet rencontré et trouvé (le ready made) en passant par les objets médiatiques, les signes du quotidien et les images photographiques (actualités, images d’histoire, images banales ou personnelles).

Pierre Leguillon s’efforce de « flouter » les frontières, de rendre au décryptage subjectif une certaine liberté, une forme de créativité relativement aux normes sociales et culturelles, ici : la manière dont l’on conçoit l’art et le musée, le lieu d’ex-position de l’Art.

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Dans ce parcours à la Fondation d’Entreprise Ricard, Pierre Leguillon a imaginé un cheminement qui se veut immersif, ou en tous cas, un dialogue s’articulant autour de ses trouvailles « japonaises ».

Nous sommes tout d’abord accueillis par une petite foule de japonais du quotidien, que Pierre Leguillon nous suggère d’identifier sous forme de jeu des métiers : l’agent voyer, l’imprimeur, l’écolier, et ainsi de suite. Ces visiteurs arrachés à leur quotidien nous reçoivent sous forme d’effigies hésitant entre le panneau publicitaire ou signalétique et le totem. L’interaction que souhaite le plasticien français est donc posée d’emblée. Cette visite ne sera pas une visite d’œuvres d’Art, mais une sorte de « propédeutique » aux singularités ordinaires, hors du champ des ready made.

Pierre Leguillon nous conduit donc le long d’un itinéraire aux marges, (accompagné de motifs répétitifs peints aux murs supposés nous désorienter), à travers sa collection d’objets glanés durant son voyage visuel, linguistique, culturel et géographique. L’autre trame ou leitmotiv qui justifie les variations n’est autre que la référence au « kasuri », une méthode ancestrale de tissage qui a pour caractéristique de produire des motifs aux bords flous.

La chaîne associative est dès lors trouvée, les limites troublées c’est en quelque sorte l’arbitraire des rencontres et des cultures qui se « lisent » par le truchement de leurs propres grilles, trames, qui tissent par conséquent des connexions floues.

Où est la limite entre art et artisanat ? Y en a-t-il une ? Qu’est-ce que vraiment un ready made ? D’où vient la valeur d’un objet aussi banal qu’un tablier maculé d’artisan quand subitement on l’accroche au mur d’une institution culturelle ? Que penser des papiers toilettes si raffinés des japonais sur lesquels ils impriment des figures de manga hilares ou des arcs de triomphe parisiens évoquant bien à propos la lunette du trône ?

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On aura compris que le fil conducteur du tissage tremblé permet à Pierre Leguillon de se tenir à la lisière et de pointer une forme de relativisme. La seule réserve que l’on pourrait amener, est que Pierre Leguillon se tient lui-même au centre, qu’il applique à ses rencontres hasardeuses du Japon un tissage par trop occidental. Il voit du Duchamp, du Pollock, de l’art Abstrait ou géométrique là où il pourrait découvrir dans l’écart une autre frontière.

« À l’origine, le sinogramme 絣 était employé pour désigner les soieries unies. Au Japon, on en est venu à le prononcer kasuri, du verbe kasureru, « s’estomper, devenir flou ». « De la beauté du kasuri », Sōetsu Yanagi.

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  • © Pierre Leguillon.
  • Courtesy : Fondation d'Entreprise Ricard.

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Pierre Leguillon

Parler aux yeux
Fondation d'Entreprise Ricard
12 mars - 27 avril 2019

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