Francisco Sobrino « Modus Operandi » Galerie Mitterrand

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Francisco Sobrino, Modus Operandi La Galerie Mitterrand est heureuse de présenter une rétrospective de l’artiste espagnol Francisco Sobrino dans les deux espaces de la galerie. Cette exposition intitulée Modus Operandi et qui se tiendra du 5 mai au 8 juillet, est réalisée sous le commissariat de Matthieu Poirier. En 2015, un Musée Francisco Sobrino a ouvert…

Francisco Sobrino, Modus Operandi

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La Galerie Mitterrand est heureuse de présenter une rétrospective de l’artiste espagnol Francisco Sobrino dans les deux espaces de la galerie. Cette exposition intitulée Modus Operandi et qui se tiendra du 5 mai au 8 juillet, est réalisée sous le commissariat de Matthieu Poirier. En 2015, un Musée Francisco Sobrino a ouvert ses portes à Guadalajara (Espagne), ville dont est originaire l’artiste.

Communiqué de presse: 

Francisco Sobrino (1932-2014) fut un représentant historique du cinétisme, notamment dans le cadre du Groupe de recherche d’art visuel (G.R.A.V.), dont il fut un des fondateurs à Paris en 1960. Dès 1958, il instaure un mode opératoire radical, systématique et minimaliste qui s’inspire tant des avant-gardes historiques (constructivisme, Bauhaus, Dada, néo-plasticisme) que des sciences cognitives (psychologie de la forme, théorie de l’information, phénoménologie de la perception). Son vocabulaire visuel se réduit dès lors aux « bonnes formes », c’est-à-dire les plus simples et donc les plus immédiatement accessibles à la perception, à une poignée de valeurs colorées, le plus souvent les primaires et une seule à la fois – vers la monochromie – ou celles des matériaux bruts qu’il traite en stricts aplats, excluant toute trace de réalisation manuelle. Son projet, mené de front jusqu’en 1968 avec ses comparses du G.R.A.V., Julio Le Parc, Joël Stein, François Morellet, Horacio Garcia-Rossi et Yvaral, récuse la passivité de l’oeuvre et la composition abstraite, celle liée aux courants lyriques et informels mais aussi celle liée à l’art concret, célébré au Salon des Réalités nouvelles ou encore celle pratiquée par Auguste Herbin ou Max Bill.

Il s’agit pour Sobrino de réformer l’art abstrait, au motif que sa composition, fut-elle « enlevée », fait toujours, in fine, du tableau ou de la sculpture un objet inerte, voire lénifiant, sur un plan sensoriel ou spatial. Ainsi, du tableau à la sculpture, les oeuvres de Sobrino peuvent avoir une apparence étonnamment complexe dans le temps et l’espace, une qualité à proprement parler « relationnelle », tant ces structures ouvertes, participatives et même, parfois, pénétrables résonnent avec leur environnement immédiat, construit ou humain. Outre les structures kaléidoscopiques et rythmiques qui ont fait le succès de l’artiste, certaines torsions hélicoïdales sont surprenantes : elles donnent au régime incroyablement épuré de Sobrino une consonance baroque, rappelant même les fameuses colonnes torsadées du baldaquin créé par le Bernin pour la Basilique Saint-Pierre de Rome. Toutefois, quelle que soit leur complexité visuelle, les oeuvres de Sobrino découlent toujours de procédés basiques : rotation, inversion, suite, grille, battement et autres articulations, qui se sont substitués à tout mode d’agencement traditionnel.

Cette logique rigoureuse et anti-picturale voire anti-artistique, associée aux mouvements ZERO et Nouvelle Tendance, préfigure de nombreuses réalisations associées au minimalisme nord-américain, comme par exemple les tableaux aux structures linéaires et post-painterly de Frank Stella, les parallélépipèdes déployés dans l’espace de Robert Morris, la facture industrielle et « déréalisante » de Donald Judd, les scansions répétitives de Carl Andre, la géométrie essentialiste et kaléidoscopique de Robert Smithson, notamment dans son lien au paysage, ou encore les emboîtements modulaires de Charlotte Posenenske.

Renouant avec Malevitch, Rodtchenko, Gabo, Tatline, Brancusi ou encore Moholy-Nagy, Sobrino privilégie rapidement, dès 1959, les matériaux usinés, dont il perturbe la stabilité et la simplicité initiales dans des jeux de transparence, de reflet et d’opacité. L’artiste utilise ainsi fréquemment, dans ses sculptures et reliefs, ce substitut moderne au verre, par ailleurs précocement utilisé par Moholy-Nagy, qu’est le Plexiglas. Il découvre précisément ce matériau industriel lors d’une visite de l’atelier de Georges Vantongerloo en 1959 et s’en procure au Bazar de l’Hôtel de Ville, par plaques carrées ou rectangulaires, toujours teintes dans la masse, qu’il découpe ensuite en carrés ou en cercles, et qu’il emboîte de façon à faire du matériau lui-même la structure portante de l’oeuvre. L’art de Sobrino est en réalité difficile à catégoriser : à la fois concret et perceptuel, cinétique et minimaliste, il se sera détaché de la narration afin d’atteindre le plus parfait silence, la plus parfaite immédiateté de la vibration sensorielle. Un principe commun de réduction et d’accélération y est à l’oeuvre : en dépouillant la statuaire moderne de toute narration et de tout décorum, Francisco Sobrino aura plongé ses structures essentialistes dans le flux corrosif et révélateur de l’espace et du temps réels.

Matthieu Poirier

Source: Modus Operandi, Francisco Sobrino


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