Markus Lupertz un nouveau fauve (au MaM)

Accueil » art contemporain » Markus Lupertz un nouveau fauve (au MaM) | Par Thierry Grizard, publié le 13 mai 2015, modifié le 11 mars 2019

Markus Lupertz rétrospective au MaM

Markus Lüpertz, (né en 1941 à Reichenberg/Liberec) Lüpertz est affilié aux néo-expressionismes allemands, même si une grande partie de son œuvre échappe à cette catégorisation trop réductrice.

markus lûpertz, musee-art-moderne-de-paris, paris, mam, 2015Son œuvre se caractérise par un dialogue incessant entre la figuration et l'abstraction dans une manière très enlevée, très expressive, avec le souci de préserver la peinture en tant que telle.  La rétrospective du MaM, Paris est ordonnée de manière chronologique.

On distingue donc plusieurs grandes périodes chez Lüpertz avec un "vocabulaire" (casques, épis de blés, etc.) constant qui joue comme une trame sérielle se développant dans des "genres" variés.

La période des "peinture dithyrambiques" pousse la figuration vers l'abstraction en réduisant celle-ci à des formes simples monumentalisées.

Puis il reviendra vers une figuration plus faussement littérale avec les "motifs allemands" qui interrogent ironiquement l'histoire allemande.

Finalement, il abordera avec distanciation formelle et discursive des thèmes mythologiques puis les grandes œuvres de l'histoire de l'art (Goya, Velásquez, Poussin, Matisse, etc.).

Ces motifs sont traités comme une iconographie décontextualisée prétexte à une déstructuration formelle répétant encore et toujours la tension entre figuration, « formalisme » et abstraction.

L’œuvre de Markus Lüpertz est à la fois Pop Art par le choix du motif, c'est à dire souvent un élément banal issu de la société de consommation de masse et traité comme une icône.

markus lüpertz, musee-art-moderne-de-paris, paris, mam, 2015Mais c’est aussi un retour surprenant _ servi par une manière expressionniste_ au cubisme par la "géométrisation" et l'amplification des ombres et modelés qui donnent à l'objet iconique un caractère monumental, d'autant plus qu'il est extirpé de tout contexte.On est donc bien dans « l'espace pictural » qui n'imite pas mais dialogue avec lui même.

Les détails sont également abordés comme désolidarisés et presque totalement abstraits dans la touche et le mouvement de peindre, qui ont bien pour finalité la peinture pour la peinture et non la représentation.

L’un des caractères si particulier de cette œuvre est aussi la tension entre une figuration tendant à l’abstraction et une abstraction (expressionniste) servant la figuration, l'une contenant l'autre et faisant exploser le motif.

Un des autres aspects si étonnant du travail de Lüpertz est l'évidente part narrative ou plutôt signifiante, ne serait ce que par les titres, mais aussi par l’appel à l’histoire de l’art et les objets iconiques représentés. Cependant ce « discours » pictural sous-jacent est plein d'ironie, voire de provocation et semble chercher à nous égarer dans des poncifs explicatifs ou de la simple redondance verbeuse. Commenter est à la fois trop simple, évident, pernicieux et finalement vain.

La force des icônes signifiantes : la casque, la guerre, la masculinité, ou encore la banalité façon Pop Art, ou le référent historique ressemblent donc à des impasses critiques. Le message se disqualifie donc lui même par sa trop grande évidence pour finalement se dissoudre dans la seule chose qui occupe l'œuvre son ex-pression, sa puissance formelle issue de la tension entre les gestes de l'abstraction expressionniste, le détail réduit à sa forme, sa masse colorée et des compositions très architecturées bien que dépouillées.

markus-lupertz, musee-art-moderne-de-paris, paris, mam, 2015


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